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1914-1918 : une société de mission dans la guerre

Des hommes d'ici et de là-bas. Des hommes que la guerre soudain rapproche ou éloigne.

1914 : la Société des missions n'échappe pas à la tourmente.

Elle est touchée au près, en France même : le personnel de son siège à Paris - trois de ses quatre directeurs - mais aussi les élèves de son École, sont mobilisés.

Elle est atteinte au loin, dans ses "champs de mission" en Afrique et dans le Pacifique : son personnel missionnaire masculin doit répondre à l'appel sous les drapeaux et rentrer en France. Seuls restent sur place le personnel féminin, ainsi que ceux que leur nationalité (ils sont citoyens d'un pays neutre, la Suisse) ou leur âge ne contraint pas au retour.

Pour le directeur Jean Bianquis, seul à la barre, les problèmes qui se posent sont innombrables, la charge incroyablement lourde à porter.

Ces protestants d'outre-mer, pour la première fois en métropole, comment les protéger des méfaits de cette "civilisation" qu'on a pourtant contribué à leur "apporter", avec l’Évangile ?

Comment continuer à soutenir l’œuvre missionnaire là où les hommes, et en particulier les plus jeunes, viennent à manquer ? Comment maintenir  le moral de ceux qui, loin de la métropole, isolés,  se découragent, inquiets pour un fils, un frère, un père, un mari ?

Comment accueillir mais aussi accompagner, au front comme à l'arrière, ces soldats  - Malgaches, Tahitiens, Kanaks -, ces frères en humanité devenus frères en Christ par le travail même de la mission ? Eux, ces protestants d'outre-mer, pour la première fois en métropole, exposés au danger et à la mort "pour nous", comment les protéger des méfaits de cette "civilisation" qu'on a pourtant contribué à leur "apporter", avec l’Évangile ?

Et - ce ne sera pas le moindre des soucis - , où chercher... et trouver le soutien matériel quand les capitaux en France même, font défaut ?

Le protestant français n'échappe pas au sentiment qu'il doit, plus qu'un autre, faire la preuve qu'on peut être à la fois protestant et "bon" Français...



Comment  faire face à tous ces défis, dans un contexte où - mais cela est vrai depuis la fin du 19e siècle -, le protestant français n'échappe pas au sentiment qu'il doit, plus qu'un autre, faire la preuve qu'on peut être à la fois protestant et "bon" Français. C'est une nouvelle fois le cas dans cette guerre où "l'ennemi" est un peu rapidement identifié à sa religion : "l'Allemand n'est-il pas d'abord protestant  ? "

Enfin, il y a la question de l'après, celle qu'un homme dans la position de Jean Bianquis ne peut pas ne pas se poser. Quel sera l'avenir de la mission ? Sera-t-elle simplement encore possible après pareil cataclysme ?

Comment, dans une guerre dont on tend à perdre le "sens" tant elle éprouve les corps, les cœurs et les esprits, concilier accomplissement du devoir patriotique et obéissance à Jésus Christ ?

Jules Philippe Guiton, sergent : refusa de porter les armes


Mais certaines questions sont encore plus profondes. Comment donner sens à ces deuils qui viennent, innombrables, décimer des familles entières ? Comment continuer à témoigner d'un Dieu qui aime ses enfants, tous ses enfants, ceux d'ici et ceux de là-bas ?

Surgit "la" question, aussi intime qu'ultime, que quelques-uns, rares, oseront poser à haute voix : comment, dans une guerre qui semble ne jamais devoir finir et dont on tend à perdre le "sens" tant elle éprouve les corps, les cœurs et les esprits, concilier accomplissement du devoir patriotique et obéissance à Jésus Christ ?




Jules-Philippe Guiton, 1885-1917, pasteur-missionnaire au Lesotho à partir de 1912. Sergent, après plusieurs mois passés dans les tranchées, il refusa de porter les armes pour motif de conscience.

© Défap-Service protestant de mission 2014