les missions protestantes

vues de La Rochelle

Bateau Delmas
L'inauguration du Port de La Pallice en 1890 lie le destin de La Rochelle à l'Empire colonial français et attire des armateurs, en particulier d'origine protestante, comme la famille Delmas-Vieljeux. Comment les protestants français appréhendent-ils le fait colonial et la mission ? La consultation du journal paroissial Le Lien rochelais est un bon baromètre de l'intérêt de l'Eglise locale pour les missions. Lors de la grande collecte annuelle dite "des oeuvres", la Société des missions évangéliques de Paris figure parmi les principaux bénéficiaires.

Plusieurs articles traitent de deux événements marquants : en 1912 la visite d'Alfred Boegner, en 1927 l'exposition coloniale.

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1912 Une visite attendue se solde par un drame...

"Le samedi février à 11 heures du matin, M. Boegner quittait Paris pour se rendre à La Rochelle. Il y avait dix-huit ans qu'il n'avait pas eu l'occasion de visiter cette vieille cité huguenote, et malgré les nombreux devoirs qui le retenaient à Paris, en particulier la préparation de réunions spéciales qui devaient être consacrées au mouvement laïque, il avait cédé aux instances des amis des missions de l'Ouest. Il avait accepté de consacrer le dimanche 25 à La Rochelle pour se rendre le 26 à Rochefort-sur-Mer et le mardi 27 à Saintes". (La dernière journée de Monsieur Boegner, Journal des missions évangéliques, avril 1912)

Alfred Boegner (1851-1912) est né en 1851 à Strasbourg. En 1872 il optait pour la France et disait adieu à sa chère Alsace et venait terminer ses études de théologie à la Faculté de Montauban. Il exerce le pastorat à Fresnoy-le-Grand (Aisne) quand le directeur de la Société des missions, M. Casalis l'appelle en 1879 auprès de lui comme collaborateur. Trois ans après, A. Boegner devient directeur de la Société des missions évangéliques de Paris. Pendant 33 ans, jusqu'à son dernier soupir, il a été l'âme de la mission...

... Alfred Boegner meurt en chaire, dans le temple de La Rochelle.

Ce voyage destiné à sensibiliser les protestants de France aux missions, connaît un dénouement tragique : Alfred Boegner s'écroule en chaire. Son ultime prédication prend un relief particulier.
"Nous ne sommes pas tous appelés à partir, mais nous devons tous avoir dans nos âmes les mêmes dispositions que ceux qui partent, nous rappeler que nous sommes tous étrangers et voyageurs sur la terre. Je vous invite, au nom d'Abraham, objet et source des bénédictions divines, à cet acte de consécration intime". (Le Lien rochelais, avril 1912).



La place des missions à l'exposition coloniale de 1927 à La Rochelle

Parmi les organisateurs de cette manifestation figure un membre éminent de la communauté protestante rochelaise, l'armateur Léonce Vieljeux, vice-président du Comité de Propagande coloniale. Le buAffiche expo colonialelletin paroissial relate l'événement et recommande la visite des stands des Missions Protestantes Françaises. L'organisation en avait été confiée par la Maison des Missions à Charles Perrier, missionnaire au Gabon. Causeries, conférences, films, brochures, objets ethnographiques informent le public sur les réalités missionnaires. 

Pour la mission ou pour la patrie

En 1928, Léonce Vieljeux publie La Foi coloniale, plaidoyer pour la grandeur de la France. Dans le tryptique christianisme, commerce, colonialisme, il voit dans la propagation de la foi chrétienne, un barrage contre le bolchevisme et l'islam. Il reconnaît la valeur des missionnaires dont le rôle d'éducateurs contribue au rayonnement de la patrie. Mais pour lui l'oeuvre civilisatrice prime sur l'oeuvre d'évangélisation.

L'action des missions protestantes a pour effet une évolution trop rapide de l'indigène, un développement trop grand de sa personnalité, qui le rendent ainsi moins malléable, plus difficile à administrer ou a commander.






Un hommage  involontaire ? 

Léonce-VieljeuxEn relatant une opinion communément admise, Léonce Vieljeux révèle l'influence positive des missions dans l'émancipation des peuples :Leur action -et ce reproche s'adresse plus particulièrement aux Missions protestantes - a pour effet une évolution trop rapide de l'indigène, un développement trop grand de sa personnalité, qui le rendent ainsi moins malléable, plus difficile à administrer ou à commander. (La Foi coloniale, 1928).

Léonce Vieljeux (1865-1944) est né en Ardèche le 2 avril 1865. Saint Cyrien, il est affecté à La Rochelle où il épouse la fille de l'armateur rochelais Franck Delmas. Il rejoint l'armement de son beau-père qui devient la Compagnie Delmas Vieljeux. Maire de La Rochelle de 1930 à 1940, il est révoqué et rejoint  Résistance. Arrêté, il est fusillé par les Allemands au camp du Struthof le 1er septembre 1944. 

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