Mémoires d‘exils : images et paroles missionnaires
L'expérience
missionnaire est toute entière expérience d'exil. Saut dans l'inconnu.
Non pas exactement dans la lignée du peuple de l'Ancien Testament. Ni
dans celle du peuple huguenot du 18e siècle, persécuté, dispersé aux
quatre coins de l'Europe et jusqu'au-delà des mers.
Le
départ en mission est exil volontaire, fruit d'une décision mûrement
réfléchie. Il est réponse à un appel exigeant, total. En quittant
patrie, famille, repères, c'est sa vie que le missionnaire met en jeu,
parfois même celle de ses proches. Il se rend disponible pour une «
œuvre » qui le dépasse infiniment, et à laquelle il se doit sans
réserve. Il y va d'un sacrifice consenti en obéissance à une volonté «
supérieure ».
Cet exil, même choisi en
accord avec de motifs si profonds, si sérieux, est source de craintes
autant de que d'espérances. Il n'est pas sans tension ni douleur :
isolement, désillusions, dépression. Occasion de découverte des autres,
il est autant - sinon plus - découverte de soi par les autres.
Et
le missionné précisément, l'autre ? Ne vit-il pas également un passage,
un saut dans l'inconnu ? Que savons-nous de son exil à lui, "païen"
devenu chrétien qui, sans quitter sa terre, son village, sa famille,
change d'identité ? Son parcours est-il destiné à rester dans l'ombre ?
Que quitte-t-il au juste, à quoi renonce-t-il ? Lui qui prend le risque
de devenir étranger à son propre milieu, que trouve-t-il en retour ?
L'exposition
part en quête d'indices : quelles sont donc les traces de ces
expériences d'exil ? Elle emprunte pour cela plusieurs voix. Elle est
invitation à suivre plusieurs pistes dont la responsabilité est laissée
à chacun des concepteurs qui comme autant d'explorateurs ont accepté de
relever le défi.
L'exposition
s'appuie sur les collections photographiques de la Société des missions
évangéliques de Paris. Réciproquement elle vient éclairer celles-ci
d'une lumière surprenante.
Les photos missionnaires sont "objets de
l'exil" car elles sont "mémoire d'exil". Elles donnent à entrevoir
quelque chose de ce qui se joue dans ces basculements d'existence.
Elles sont autant de lieux où se déchiffrent expériences de ruptures et
ré-invention d'histoires individuelles ou collectives
Assurément aussi, les photos missionnaires sont « objets en
exil ». Coupées depuis longtemps de leur contexte de production
historique, social, culturel, idéologique, relationnel, elles sont
comme « en suspens », en attente d'un nouveau souffle, d'une nouvelle
vie.
A l‘origine de cette exposition, se trouve le projet de Poexil, groupe de recherche interdisciplinaire basé à l‘université de Montréal au Canada, qui se consacre à l‘étude des phénomènes d‘écriture dans les conditions d‘exil et de diaspora. Alexandra Loumpet-Galitzine, Alexis Nouss et Boris Chukhovich, membres de Poexil, sont les créateurs du concept original utilisé pour la présente exposition sous le titre „Objets de l‘exil, objets en exil“.